Apprendre le langage de l’humanité à Saint‑Louis

volontariat à Saint Louis Sénégal

Là où les mots sont rares mais la connexion est forte — Peter avec des enfants talibés à Maison de la Gare

Parfois, les conversations les plus profondes se passent de mots.

Peter avec Merle et Valérie à leur arrivée à Maison de la Gare, accueillis par Adama Diarra

« Lorsque je suis arrivé au Sénégal il y a quatre semaines, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’ai atterri à Dakar et y ai passé ma première nuit avant de voyager vers Saint‑Louis le lendemain. Ce qui m’a frappé presque immédiatement, c’est la chaleur des gens. Du personnel de l’hôtel à Dakar à ma famille d’accueil à Saint‑Louis, j’ai été accueilli avec une gentillesse sincère et naturelle. Tout le monde semblait déterminé à me faire sentir chez moi. Ma famille d’accueil m’a reçu non pas comme un visiteur, mais comme un membre de la maison, partageant les repas, me guidant dans la ville et veillant à mon confort. C’était ma première véritable rencontre avec ce que les Sénégalais appellent fièrement la « Teranga », l’esprit d’hospitalité. À ce moment‑là, j’ai compris que, pour les semaines à venir, cet endroit encore inconnu deviendrait un foyer.

Le soir même, j’ai visité Maison de la Gare pour la première fois. Le centre était animé : des enfants talibés venaient pour des soins de plaies, recevaient des médicaments à la clinique, jouaient au football et se rassemblaient autour du rythme des tambours joués par des artistes locaux. Cela ressemblait à bien plus qu’un centre ; c’était un refuge, un lieu de répit temporaire dans des vies marquées par la difficulté.

Une soirée avec de jeunes garçons talibés à Maison de la Gare, après qu’ils ont invité Peter à se joindre à leur partie de football

Je suis venu à Maison de la Gare pour participer à son programme de microfinance, qui a été une bouée de sauvetage pour de nombreuses hommes et femmes vulnérables, les aidant à développer des activités génératrices de revenus et à gagner en autonomie financière. Les visites aux bénéficiaires de prêts ont été l’une des expériences les plus inspirantes de mon séjour. J’ai vu des femmes parler avec fierté de leurs activités, leur résilience visible dans la manière dont elles décrivent leur travail. Leurs histoires m’ont rappelé que l’autonomisation économique ne se résume pas à l’argent ; elle touche à la dignité, au choix et à l’espoir.

Pourtant, l’un de mes plus grands défis ici a été la langue.

Venir du Kenya au Sénégal représentait déjà un changement culturel important, mais la langue est devenue la barrière que j’ai ressentie le plus profondément. Ici, le wolof et le français façonnent la vie quotidienne, et je suis arrivé en ne parlant que l’anglais, avec un français très limité. Durant ma première semaine, je me suis souvent senti déconnecté. J’étais entouré de gens, mais incapable d’entrer pleinement dans leur monde par la conversation. À Maison de la Gare, je me suis retrouvé à travailler avec des enfants qui ne parlaient ni anglais ni français, seulement wolof. Je voulais connaître leurs noms, leur demander comment ils allaient, entendre leurs histoires, simplement m’asseoir avec eux pour discuter. Mais je ne le pouvais pas.

Peter accompagne Alagie Jallow de Maison de la Gare lors d’une visite de routine dans un daara, offrant des soins cliniques aux enfants talibés avec les bénévoles Merle et Valérie.

Cette limite m’a forcé à réfléchir à quelque chose que je n’avais jamais pleinement apprécié auparavant : l’importance centrale de la langue dans le service et la solidarité. Faire du bénévolat dans une communauté, ce n’est pas seulement offrir son travail ; c’est construire la confiance, et la confiance commence souvent par la langue.

Mais même dans le silence, la connexion a trouvé son chemin.

Le football est devenu notre langage.

Sur le terrain, les mots comptaient moins. À travers les passes, les rires, la compétition et les célébrations, j’ai commencé à me sentir plus proche des enfants talibés. Cela m’a rappelé que la connexion humaine dépasse le vocabulaire. Parfois, la simple présence suffit.

Il y a pourtant eu des moments extrêmement difficiles à vivre.

À la clinique, j’ai vu de jeunes garçons arriver avec la gale, des plaies infectées et des signes visibles de négligence, des conditions façonnées par les réalités dures qu’ils endurent. Voir des enfants souffrir ainsi a été lourd. Il y a une forme d’impuissance particulière lorsqu’on voudrait faire plus que ce qui est possible. Je me surprends souvent à souhaiter pouvoir changer entièrement leurs circonstances, les ramener chez eux, les mettre à l’école, leur offrir la sécurité que chaque enfant mérite. Mais la réalité est plus complexe. Je ne suis ici que pour une courte période, et certains problèmes ne peuvent être résolus par la compassion seule.

Des questions sans réponses faciles

Être ici m’a amené à me confronter à des questions difficiles.

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Un après midi à la bibliothèque avec les talibés, les aidant à apprendre les bases du français et à écrire leurs noms

Pourquoi cela continue‑t‑il ? Pourquoi des enfants dorment‑ils dehors, mendient‑ils de la nourriture et vivent‑ils sans soins médicaux, au vu et au su de tous ? Pourquoi la société normalise‑t‑elle cela ? Quel rôle joue le gouvernement ? Ce sont des questions que je portais fortement au début. Mais en écoutant davantage les membres de la communauté, le personnel et ceux qui comprennent mieux le système que moi, j’ai réalisé à quel point ces enjeux sont profondément enracinés. Le système des daaras est lié à la religion, à la culture, à la pauvreté et à l’histoire. Il serait facile pour moi, en tant qu’étranger, de condamner ce que je vois. Mais j’apprends que la compréhension doit précéder le jugement.

Je suis venu ici en pensant que je trouverais peut‑être des réponses. Au lieu de cela, j’apprends à accepter la complexité.

Et c’est peut‑être l’une des leçons les plus importantes de cette expérience : l’humilité.

L’humilité de reconnaître que je ne comprends pas pleinement cet endroit après seulement quatre semaines. L’humilité d’écouter avant de parler. L’humilité d’accepter que le changement significatif est souvent lent, stratifié et collectif.

Au‑delà des moments difficiles, il y a aussi eu tant de beauté.

Peter (à gauche) avec les volontaires Merle, Nels, Nils et Max, travaillant avec des enfants talibés pour améliorer les conditions de vie dans leur daara

J’ai vécu l’esprit communautaire du Sénégal dans la vie quotidienne : en partageant des repas avec ma famille d’accueil, en regardant des matchs de football avec des foules de supporters passionnés, en visitant des daaras avec l’infirmier « Américain » pour soigner les enfants, et en aidant à distribuer les collations à Maison de la Gare. Dans ces moments, j’ai vu la force de la communauté, la joie que les gens portent même au milieu des difficultés, et la résilience qui caractérise la vie ici.

Cette expérience m’a bousculé dans mes suppositions, ma patience et ma compréhension de ce que signifie servir. Elle m’a rappelé que le bénévolat ne consiste pas à « sauver » qui que ce soit. Il s’agit de se présenter, d’apprendre, d’écouter et de se laisser transformer par les personnes que l’on est venu soutenir.

Après quatre semaines, je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre.

Mais déjà, Saint‑Louis m’a appris ceci : l’humanité se trouve souvent dans les espaces entre les différences, dans les repas partagés, dans les matchs de football, dans les plaies que l’on soigne, et dans l’effort silencieux de tenter de se comprendre les uns les autres. »

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Cette réflexion a été rédigée par le volontaire kenyan Peter Kiarie, à l’issue des quatre premières semaines de son expérience de deux mois avec Maison de la Gare à Saint‑Louis, Sénégal.

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Peter enseignant l’anglais à des talibés plus âgés

Peter travaillant avec Merle et le directeur du programme de microfinance, Ndaraw Diop, pour évaluer une demande de prêt