D’un talibé de la rue à travailleur social

talibé service social

Arouna avec son mémoire après la soutenance — une étape marquante sur son chemin

Le parcours inspirant d’Arouna Kandé, ancien talibé devenu défenseur des enfants vulnérables

Arouna avec Issa Kouyaté durant ses premières années au centre

Arouna n’a pas seulement changé de trajectoire : il a construit son avenir avec patience, discipline et une détermination rare. Derrière le jeune travailleur social diplômé que nous connaissons aujourd’hui se cache un parcours exigeant, façonné au fil des années grâce à l’accompagnement de Maison de la Gare et à une volonté personnelle remarquable.

De l’alphabétisation au lycée : une ascension patiente et déterminée

Tout commence dans les classes d’alphabétisation du centre. Très vite, Arouna se distingue : il écoute, participe, pose des questions. Là où d’autres voient une simple activité éducative, lui perçoit une opportunité. Il comprend très tôt que l’école peut devenir la clé d’un autre destin. Son sérieux est constant, ses résultats excellents, et ses encadreurs remarquent cette soif d’apprendre qui ne le quittera plus.

Au collège, Arouna montre à un camarade sa région d’origine, Kolda.

Admis ensuite au CEM Fara Mbodj (collège d’enseignement moyen) dans le système scolaire national, il découvre un environnement plus exigeant. Il doit rattraper certaines bases, s’adapter à un nouveau rythme, et trouver sa place. Grâce à sa persévérance et à une discipline constante, il progresse régulièrement et réussit brillamment le Brevet de Fin d’Études Moyennes (BFEM) — une première grande victoire académique.  Au Lycée Sidy Ndiaye, il gagne en maturité et commence à envisager une voie professionnelle en lien avec son propre vécu.

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Arouna, mentor et modèle pour les jeunes talibés

Ancien talibé, Arouna n’a jamais oublié les années passées dans la rue et au daara. Il se souvient de la précarité, de l’errance, de la fatigue, des regards indifférents ou parfois méprisants. Il sait ce que signifie dépendre de la générosité des autres pour survivre. Il sait aussi ce que représente la main tendue d’un centre comme Maison de la Gare. Cette mémoire n’est pas une blessure refermée ; elle est devenue une conscience éveillée.

Peu à peu, une conviction s’impose : il veut revenir vers ceux qui vivent encore ce qu’il a traversé. Son passé de talibé ne le définit plus comme une fragilité, mais comme une force.

Choisir le travail social : transformer une épreuve en vocation

Son objectif devient clair : intégrer l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés (ENTSS). Le concours est réputé difficile, exigeant rigueur et confiance en soi. Le jour des résultats, son nom figure parmi les admis. Ce n’est pas un hasard : c’est l’aboutissement d’années d’efforts, de sacrifices et de persévérance. Une nouvelle page s’ouvre.

Avec de jeunes talibés au puits en cours de creusement sur notre terrain agricole de Bango

À l’ENTSS, Arouna découvre un univers académique plus approfondi : cours théoriques, stages de terrain, analyses de cas. Il ne se contente pas d’apprendre : il s’implique, questionne, analyse. Son expérience personnelle enrichit chacune de ses réflexions.

Son engagement dépasse même les frontières du pays. En tant qu’ambassadeur des enfants, il se rend à Rome et rencontre le pape François au Vatican. Il y porte la voix de milliers d’enfants vulnérables, témoignant de leur réalité avec dignité et espoir. De la rue aux plus hautes instances spirituelles, son histoire devient un symbole puissant.

Arouna présente une sculpture représentant des migrants sénégalais au pape FrançoisPour son mémoire, Arouna choisit un thème en cohérence avec son histoire : l’accompagnement des enfants en situation de rue. Il mène ses recherches avec rigueur, analyse les pratiques existantes, et propose des pistes d’amélioration. Le jour de la soutenance, il présente son travail avec assurance. Le jury salue la qualité de son analyse. Il obtient brillamment son Diplôme d’État de travailleur social.

Arouna présente une sculpture représentant des migrants sénégalais au pape François

Un professionnel engagé, un modèle pour les enfants talibés

Aujourd’hui, Arouna n’est plus seulement un ancien bénéficiaire. Il est un professionnel qualifié, animé par une mission profondément personnelle : accompagner les enfants talibés avec la compréhension de celui qui a vécu leur réalité. Lorsqu’il tend la main à un enfant en difficulté, il le fait à la fois en tant que travailleur social diplômé et en tant qu’ancien talibé devenu acteur du changement.

Son parcours est la preuve vivante que l’accompagnement, combiné à la détermination, peut transformer une trajectoire fragile en un avenir solide et porteur d’impact.  De talibé à travailleur social, d’enfant vulnérable à ambassadeur auprès du pape, Arouna incarne cette promesse essentielle : chaque enfant, lorsqu’il est soutenu, peut non seulement se relever, mais aussi devenir à son tour un pilier pour les autres.

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Arouna célèbre l’achèvement de son diplôme en travail social.