Gardons l’espoir vivant pour les enfants de la rue du Sénégal

Un lieu sûr où l’on peut simplement être un enfant
Ensemble, nous pouvons maintenir la lumière de Maison de la Gare éclatante dans un monde assombri

L’autrice Sonia devant le nouveau bâtiment
Au début de ce mois, nous vous avons sollicité votre aider face à la perte dramatique et inattendue du financement des Nations Unies pour les programmes essentiels de Maison de la Gare, programmes qui offrent l’espoir et un avenir pour les enfants talibés du Sénégal. Notre partenaire canadienne de longue date, Sonia LeRoy, a passé dix jours avec nous durant cette période. Nous souhaitons partager avec vous ses impressions toutes fraîches de la magie de ce lieu, et pourquoi chacun de nous doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu’il puisse continuer.
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Beaucoup de choses ont changé à Maison de la Gare depuis notre dernière visite à Saint-Louis. Mais le sentiment en franchissant la porte ce matin est resté le même : tranquillité, espoir, refuge, amour.

Les enfants talibés se détendent sur le sable propre.
Un cercle d’enfants jouant à l’ombre des cocotiers. D’autres lavent leurs vêtements dans le nouvel espace d’hygiène. Certains attendent l’ouverture de l’infirmerie. Un chat errant, désormais adopté par le centre, s’étire devant les salles de classe. Trois petits garçons pieds nus, bols de mendicité vides à la main, entrent, puis courent rejoindre leurs amis sur le sable propre, chaud et accueillant, oubliant leurs bols pour un moment. Tout cela donnait l’impression de rentrer à la maison.
Pourtant, l’espace a été transformé. Un agent de sécurité à la porte a enregistré nos noms. Les anciens bureaux et la bibliothèque, vétustes et fuyants, ont été remplacés par un complexe neuf à deux étages, avec balcon surplombant le centre : bureaux administratifs, programme de microfinance, accueil où Noël reçoit les talibés et enregistre leurs noms et daaras, salle de conférence, et le bureau d’Issa. Les toilettes et l’aire de lavage ont été déplacées, désormais ombragée par les cocotiers et un majestueux palmier dattier. Les salles de classe ont été rénovées. Une nouvelle bibliothèque est en cours de peinture et d’aménagement.

Lalla accompagne avec douceur l’un de ses joueurs.
L’extension du dortoir d’urgence accueille désormais une école et une résidence pour dix-huit talibés, rejoints pendant les heures de cours par sept filles de la communauté locale. Cette nouvelle école, Yaakar (qui signifie « Espoir » en wolof), est un projet pilote destiné à démontrer aux marabouts, au gouvernement, aux habitants de Saint-Louis, au monde entier, et aux talibés eux-mêmes, que ces enfants ont le même potentiel d’apprendre et de s’épanouir que n’importe quel autre, à condition d’être respectés, soutenus et encadrés par une communauté qui croit en eux.
Kalidou m’a aperçu et s’est précipité vers moi avec un accueil chaleureux et une étreinte. Kalidou était lui-même talibé. Aujourd’hui, il est enseignant, grand frère et source d’inspiration pour les enfants, leur montrant qu’ils ne sont pas condamnés à rester prisonniers de cette vie. Alagie, surnommé « Américain », est arrivé à l’infirmerie et a commencé à soigner le flot constant de patients venus chercher des soins.

Rowan distribue le repas du soir à la fin de la journée.
Mon père (Rod LeRoy) et moi avons été invités sur un terrain de football voisin pour assister au tournoi que Lalla a organisé pour les enfants talibés. Quatre équipes issues de quatre daaras se sont affrontées lors de deux matchs de quarante minutes chacun. Pas de chaussures ni de crampons. Certains garçons portaient des chaussettes pour un peu de protection. Personne ne s’est retenu : l’effort était total, et la gloire des équipes victorieuses aussi. Mais je pouvais voir que tous les enfants se sentaient gagnants. Lalla est bien plus qu’une animatrice sportive de Maison de la Gare. Elle est une entraîneuse, une confidente, une grande sœur—une famille pour ces garçons séparés de la leur.
De retour au centre, nous avons rencontré l’équipe de direction. Le flot d’enfants arrivant s’est rapidement intensifié. Les cours étaient en session. Puis, Noël a organisé des jeux—un moment de répit indispensable pour que les enfants puissent jouer comme d’autres jeunes de leurs âges. C’était magnifique : joie, camaraderie, entraide, appartenance, amusement. Enfin, le repas fut préparé. À la tombée du jour, les garçons se sont alignés, et Rowan (ma fille) a remis à chacun son dîner avant qu’ils ne franchissent les portes pour retourner à une vie bien moins clémente que celle-ci.

Issa Kouyaté, fondateur et président de Maison de la Gare
La vision longuement mûrie d’Issa Kouyaté pour ce lieu merveilleux est en train de se réaliser. Il est donc d’autant plus cruel que nous ayons perdu le financement des Nations Unies, brutalement supprimé après l’arrêt des contributions financières du gouvernement américain. Ce centre pour les talibés est une oasis pour des milliers d’enfants vivant dans la négligence et l’abus.
Ayant redécouvert aujourd’hui la magie de ce lieu, nous ressentons tous un engagement renouvelé à redoubler d’efforts pour nous adapter, trouver de nouvelles sources de financement, et maintenir cette lumière éclatante dans un monde assombri.

Les cours d’anglais de Kalidou attirent jeunes et moins jeunes.

Alagie soigne un enfant talibé à l’infirmerie.
