Construire un avenir pour les enfants de Mbaye Aw

Issa offre des friandises aux futurs élèves d’une école de Mbaye Aw.
Issa Kouyaté raconte cinq jours de connexion avec les communautés de cette région sahélienne
À près de 200 kilomètres de Saint-Louis, dans le département de Linguère, les villages de Mbaye Aw se situent au cœur d’une région sahélienne où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Ici, les familles vivent essentiellement de l’élevage de bovins, de moutons et de chèvres.

Issa remet une trousse médicale à l’enseignante de la nouvelle école de Belel Doba.
Le rythme de vie est dicté par les saisons. Après quelques mois de pluies, lorsque les pâturages s’appauvrissent et que les points d’eau se raréfient, de nombreux hommes et jeunes garçons partent avec leurs troupeaux à la recherche de zones plus favorables. Derrière eux restent les jeunes enfants, les femmes et les personnes âgées, souvent confrontés à de grandes difficultés économiques et sociales.
Dans ce contexte de précarité, les enfants sont particulièrement vulnérables. Certains garçons sont envoyés loin de leur famille pour intégrer des daaras censés leur offrir une éducation religieuse. Trop souvent, ces parcours se transforment en situations d’exploitation. Arrivés dans les grandes villes, beaucoup d’enfants se retrouvent contraints de mendier quotidiennement pour assurer leur propre subsistance et répondre aux exigences imposées par leurs maîtres coraniques.

Apprentissage du Coran dans un daara communautaire de Mbaye Aw, revenu au village grâce aux écoles
Depuis de nombreuses années, Maison de la Gare constate que beaucoup des enfants talibés rencontrés dans les rues de Saint-Louis proviennent de ces zones rurales isolées. Derrière chaque enfant se cache une histoire marquée par la pauvreté, la sécheresse, l’absence d’infrastructures et le manque d’opportunités pour les familles.
C’est dans cette région que nous avons retrouvé Cheikh Diallo, ancien enfant talibé ayant lui-même connu ce parcours. Aujourd’hui, il œuvre sans relâche pour sensibiliser les communautés et accompagner le retour des enfants auprès de leurs familles. Grâce à son engagement et à sa connaissance du terrain, Maison de la Gare a pu établir des liens de confiance avec de nombreux villages et mieux comprendre les causes profondes qui poussent les familles à envoyer leurs enfants loin de chez elles.
Avec l’appui de ses partenaires, Maison de la Gare a soutenu la création d’écoles dans plusieurs localités isolées. Ces écoles de proximité permettent aux enfants, filles comme garçons, d’accéder à une éducation accessible alors que les écoles les plus proches se trouvent parfois à plusieurs kilomètres de marche.

Discussion animée avec les villageois sur le projet et sur l’impact qu’il aura sur leur vie et celle de leurs enfants
Lors de notre récente mission dans la région, nous avons pu mesurer l’impact de ces initiatives. Les déplacements sont longs et difficiles. Les pistes sont parfois presque impraticables et l’isolement des villages demeure un défi majeur. Durant une grande partie de l’année, la sécheresse fragilise les moyens de subsistance des familles. L’accès à l’eau potable reste limité et l’électricité est souvent inexistante.
Chaque matin, de nombreuses jeunes filles parcourent plusieurs kilomètres pour aller chercher l’eau nécessaire à leur famille avant de rejoindre leur classe. Malgré ces contraintes, elles poursuivent leur scolarité avec détermination, conscientes que l’éducation représente une véritable chance de construire un avenir différent.
Les défis restent nombreux. Dans certaines communautés, les mariages précoces continuent d’interrompre le parcours scolaire des jeunes filles. La pression économique pousse parfois les familles à privilégier des solutions immédiates au détriment de l’éducation. Pourtant, nous observons également une évolution encourageante : de plus en plus de parents choisissent aujourd’hui de maintenir leurs fils et leurs filles à l’école et de leur offrir la possibilité de poursuivre leurs études.

L’enseignante Fatoumata Kâ avec sa classe dans l’école de Belel Doba
Au cours de cette mission, nous avons visité une dizaine de villages et rencontré des centaines de villageois. Partout, les communautés ont exprimé leur volonté de créer un environnement plus protecteur pour leurs enfants. Les échanges ont également mis en lumière la nécessité de développer des activités génératrices de revenus afin de renforcer l’autonomie des familles et de réduire les facteurs qui conduisent à l’exode des enfants.
Dans plusieurs localités, les habitants ont déjà commencé à aménager des espaces destinés au maraîchage communautaire. Ces initiatives témoignent de leur motivation à construire des solutions durables fondées sur la solidarité, la stabilité économique et la sécurité alimentaire.
L’expérience menée dans les villages de Mbaye Aw montre qu’il est possible d’agir à la source des phénomènes qui conduisent tant de garçons vers la rue et la mendicité et, pour les filles, vers les mariages précoces. En renforçant l’accès à l’éducation, en soutenant les familles et en développant les moyens de subsistance des communautés, nous contribuons à offrir aux enfants la possibilité de grandir dans un environnement plus sûr, plus stable et plus respectueux de leurs droits.
À Maison de la Gare, nous sommes convaincus que chaque enfant doit pouvoir vivre auprès de sa famille, aller à l’école et construire son avenir dans la dignité. C’est ensemble, avec les communautés locales et nos partenaires, que nous continuerons à faire vivre cet espoir.

La sœur de Cheikh, Aïcha, prépare un repas de bienvenue pour Issa à son arrivée dans la communauté.

Issa et un enfant cherchent de l’eau à 4 km du village.
