Saint-Louis, une ville particulièrement touchée

Le Sénégal compte plus de cinquante mille enfants talibés mendiants. Ils viennent de villages de l’intérieur ou de pays voisins comme la Gambie et la Guinée-Bissau, envoyés par leurs parents dans les villes pour étudier dans des écoles coraniques, des « daaras », où ils sont contraints de mendier de l’argent dans les rues. Ce qui était autrefois un système d’apprentissage du Coran est devenu une pure exploitation. Même si toutes les écoles coraniques ne font pas mendier leurs enfants, la réalité est difficile à cacher : les talibés constituent l’ossature de cette armée de petits mendiants qui peuplent chaque jour les villes sénégalaises. L’argent qu’ils collectent fait vivre leurs exploiteurs, des marabouts sans scrupules qui profitent de la pauvreté et de l’analphabétisme des familles rurales qui leur confient leurs enfants.
La ville de Saint-Louis est particulièrement touchée par le problème des talibés. Environ quinze mille garçons … les « talibés » … errent chaque jour dans les rues à la recherche d’une aumône, pris dans l’engrenage de la tradition, de la pauvreté et de l’exploitation la plus grossière des enfants qui, pour le Sénégal, pays tolérant, plutôt stable et en pleine croissance, représente à la fois une pratique honteuse et l’un de ses plus grands défis. Ces enfants ont été confiés à des maîtres coraniques, des marabouts, par leurs familles dès l’âge de quatre ou cinq ans, et ils ne voient plus leurs familles ou n’ont plus de contact avec elles pendant de nombreuses années … dans de nombreux cas pour toujours. Ils vivent dans des daaras (nous en avons recensé presque deux cent à Saint-Louis) dans des conditions brutales, sans installations sanitaires, sans eau potable, sans abri adéquat ni soins médicaux, et ils doivent mendier dans les rues pendant six à dix heures par jour pour leur propre nourriture et pour le quota d’argent demandé par leur marabout. Leur seule éducation consiste à apprendre à mémoriser le Coran en arabe.
Certains de ces enfants fuient ces conditions abusives, souvent accompagnées de sévices physiques graves, et des centaines vivent dans la rue dans des conditions encore pires, subissant des dommages physiques et émotionnels qui ne peuvent que colorer tous les aspects de leur vie future. Les garçons qui restent dans leurs daaras pendant 5, 10 ou 15 ans sont confrontés au défi de savoir ce qu’ils feront lorsqu’ils auront terminé leur éducation coranique ou qu’ils seront trop âgés pour continuer à vivre dans leur daara. Ils n’ont ni éducation formelle ni compétences commercialisables, et la plupart d’entre eux ne veulent pas retourner dans leur communauté d’origine, où ils ne se souviennent de presque personne et n’ont aucun moyen de subvenir à leurs besoins.
Ces enfants sont désespérément à la recherche d’une vie meilleure. Maison de la Gare les aide à y parvenir.
